Guide pratique

Prélèvement frauduleux sur votre compte : comment le contester et le bloquer

Par Joe Martin •
Personne tenant une carte bancaire devant un ordinateur portable ouvert, en train de consulter ses comptes en ligne
Source image : Unsplash (Libre de droits)

Un IBAN volé ne vaut rien sans le nom et l'adresse qui vont avec : ce sont eux qui rendent un faux mandat crédible. Retirer votre identité et votre adresse des fichiers des courtiers

Un prélèvement que vous n'avez jamais autorisé se conteste auprès de votre banque, et non auprès du créancier. Vous disposez de 13 mois après le débit. La banque doit en principe vous rembourser au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant votre signalement. Bloquez ensuite le créancier (liste noire) ou n'autorisez plus que vos créanciers connus (liste blanche).

Le prélèvement frauduleux est la conséquence la plus concrète d'une fuite d'IBAN, et la plus redoutée en France depuis les piratages successifs d'opérateurs, de mutuelles et d'administrations. Ce guide ne porte pas sur une fuite particulière. Il explique, une fois pour toutes, comment fonctionne le mécanisme, quels sont vos droits, dans quel ordre agir et comment fermer la porte pour la suite.

En un coup d'œil : le prélèvement frauduleux

  • Interlocuteur : votre banque, pas le créancier inconnu.
  • Sans mandat signé : contestation possible pendant 13 mois.
  • Mandat signé mais débit contesté : 8 semaines.
  • Remboursement d'une opération non autorisée : au plus tard la fin du jour ouvrable suivant, frais compris.
  • Blocage durable : liste noire ou liste blanche de créanciers.
  • En cas de refus : réclamation écrite, puis médiateur de la banque.

Comment un fraudeur peut-il vous prélever avec votre seul IBAN ?

Le prélèvement SEPA repose sur un document que vous ne voyez presque jamais : le mandat. C'est l'autorisation que vous signez, souvent en ligne, quand vous souscrivez un abonnement. Il comporte une référence unique de mandat (RUM) et l'identifiant du créancier, appelé ICS.

Le point clé tient en une phrase : ce mandat est conservé par le créancier, pas par votre banque. Comme le rappelle la foire aux questions de la Banque de France sur le prélèvement SEPA, votre banque ne tient plus de liste d'autorisations et exécute en règle générale les prélèvements qui lui sont présentés. Imaginez un videur qui laisserait entrer toute personne affirmant avoir une invitation, sans jamais la lui demander : le contrôle a lieu après coup, quand vous contestez.

Un fraudeur qui dispose de votre nom, de votre adresse postale et de votre IBAN peut donc, en théorie, signer un mandat électronique à votre place chez un commerçant, un service d'abonnement ou une cagnotte, puis faire payer ses achats par votre compte. Le commerçant est souvent lui-même trompé. C'est pourquoi l'IBAN seul inquiète moins que l'IBAN accompagné d'une identité complète : c'est ce trio qui rend le faux mandat crédible.

Ce trio est justement ce que contiennent la plupart des grandes fuites françaises récentes. Lors du piratage de Free, qui a exposé des IBAN d'abonnés, les fichiers associaient déjà identité, adresse et coordonnées bancaires. Et ce qui manque à un fichier volé se complète souvent ailleurs : les courtiers de données revendent des profils de consommateurs avec adresse, âge et habitudes d'achat.

À savoir : le débit arrive souvent tard

Une fuite d'IBAN ne se traduit pas forcément par un prélèvement dans la semaine. Les fichiers sont revendus, fusionnés et réutilisés des mois après l'incident, quand la vigilance des victimes est retombée. Le délai de 13 mois prévu par la loi tient compte de cette réalité : beaucoup de fraudes ne sont découvertes qu'à la lecture d'un relevé ancien.

Quels délais pour contester, et qu'est-ce que la banque doit faire ?

Tout dépend d'une question : avez-vous signé un mandat pour ce créancier ? Les règles figurent dans le code monétaire et financier (articles L133-18, L133-24 et L133-25) et sont résumées par la Banque de France. Le tableau ci-dessous les rassemble selon votre situation.

Votre situation Délai pour agir À qui s'adresser, et ce qui suit
Créancier inconnu, aucun mandat signé 13 mois après la date de débit Votre banque. Remboursement au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant le signalement, frais et agios compris
Même cas, banque du bénéficiaire hors Union européenne 70 jours après le débit Votre banque, sans attendre : le délai est beaucoup plus court
Mandat signé, mais montant ou débit contesté 8 semaines après le débit Votre banque, qui rembourse dans un délai de dix jours ouvrables. La dette éventuelle envers le créancier subsiste
Abonnement réel que vous voulez arrêter Au plus tard la veille de l'échéance Le créancier (révocation du mandat, de préférence en recommandé), puis information de votre banque
Achat par carte bancaire que vous n'avez pas fait 13 mois également Opposition sur la carte auprès de votre banque. C'est une autre procédure que le prélèvement

Selon la même source, si la banque refuse de rembourser une opération non autorisée, elle doit justifier son refus et démontrer une négligence grave de votre part dans la conservation de vos données bancaires. Avoir communiqué votre IBAN à un fournisseur qui s'est fait pirater n'est pas, en soi, une négligence : un IBAN est fait pour être transmis.

Comment repérer un prélèvement frauduleux sur votre relevé ?

La difficulté, c'est que le libellé d'un prélèvement est rarement explicite. Un nom de société de paiement, une abréviation, une référence chiffrée : rien ne ressemble à « fraude ». Passez votre dernier relevé au crible de ces questions.

Check-list : ce prélèvement est-il le vôtre ?

  • Reconnaissez-vous le nom du créancier, ou celui de la marque qu'il représente ?
  • Le montant correspond-il à un abonnement, un crédit ou une facture que vous payez réellement ?
  • La fréquence est-elle cohérente (mensuelle, trimestrielle, annuelle) avec ce contrat ?
  • Avez-vous déjà vu cette RUM ou cet ICS sur un relevé précédent ? La plupart des banques les affichent dans le détail de l'opération.
  • Le créancier figure-t-il dans la liste des créanciers actifs de votre espace bancaire ? S'il y apparaît depuis peu, à quelle date ?
  • S'agit-il d'un petit montant isolé ? Un débit modeste peut passer inaperçu, et il est prudent de le traiter comme un signal plutôt que de l'ignorer.

Un doute sur une seule ligne justifie un appel à votre banque. Ne recherchez pas le créancier inconnu pour l'appeler vous-même : vous pourriez tomber sur un faux service client.

Prenez l'habitude de vérifier vos comptes régulièrement, au moins pendant les mois qui suivent une fuite. C'est d'ailleurs la première consigne de la fiche réflexe de cybermalveillance.gouv.fr sur les fuites de données personnelles lorsque des données bancaires (IBAN, RIB, numéro de compte ou de carte) font partie des informations exposées.

Si vous ignorez encore dans quelles fuites votre adresse e-mail est apparue, vérifiez gratuitement votre adresse dans les fuites connues. Le scan ne cherche pas votre IBAN, mais il vous indique quels services ont perdu vos données, et donc quel fournisseur interroger sur ce qui a été volé.

Plan d'action : que faire, et dans quel ordre ?

Aujourd'hui

Cette semaine

Dans les mois qui viennent

Ce dernier point est celui qui protège le plus longtemps, et le plus fastidieux à mener seul : chaque courtier a son formulaire, ses délais et sa manière d'ignorer les demandes. Confier à EffaceData les demandes d'effacement auprès de plus de 100 courtiers, relances comprises, c'est priver un futur faux mandat de l'adresse et de l'identité qui le rendraient crédible.

Modèle de lettre pour contester un prélèvement non autorisé

Adaptez les éléments entre crochets. Le courrier s'adresse à votre agence ou au service réclamations de votre banque, jamais au créancier inconnu.

[Prénom Nom]
[Adresse]
[Numéro de compte ou IBAN]

[Nom de la banque, service réclamations ou agence]
[Adresse]

Lettre recommandée avec accusé de réception, le [date]

Objet : contestation d'un prélèvement non autorisé et demande de remboursement

Madame, Monsieur,

J'ai constaté sur mon compte n° [numéro] un prélèvement de [montant] débité le [date], au bénéfice de [nom du créancier figurant sur le relevé], identifiant créancier [ICS], référence de mandat [RUM].

Je n'ai jamais signé de mandat de prélèvement au profit de ce créancier et je n'ai pas consenti à cette opération. Je la conteste donc en tant qu'opération de paiement non autorisée, au sens des articles L133-18 et L133-24 du code monétaire et financier. Je vous en ai informés par [téléphone / messagerie] le [date].

Je vous demande de procéder au remboursement de cette somme, ainsi que des frais et agios éventuellement liés, et de bloquer tout prélèvement futur émis par ce créancier. Je vous remercie de me confirmer par écrit la suite donnée à ma demande.

Je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.

[Signature]
Pièces jointes : copie du relevé, copie du récépissé de plainte le cas échéant.

Si la banque ne répond pas ou refuse sans justification, relancez par écrit le service réclamations. Le dernier recours amiable est le médiateur de votre banque, gratuit pour vous, dont les coordonnées figurent sur vos relevés ou dans votre convention de compte.

Liste noire, liste blanche, opposition, révocation : que choisir ?

Ces quatre mots désignent des outils différents, et les confondre fait perdre du temps au guichet.

Les outils disponibles et leur intitulé varient d'une banque à l'autre. Certaines proposent aussi de plafonner le montant ou la fréquence des prélèvements d'un créancier. Renseignez-vous dans votre espace client ou auprès de votre conseiller.

Pourquoi votre IBAN se retrouve-t-il entre de mauvaises mains ?

Dans la grande majorité des cas, ce n'est pas votre faute. Votre IBAN dort dans les bases de votre opérateur, de votre fournisseur d'énergie, de votre mutuelle, de votre employeur, de votre bailleur. Chacune de ces bases est une cible. Le bilan de la CNIL sur les violations de données notifiées montre l'ampleur du phénomène en France.

Quelques habitudes réduisent toutefois le nombre de copies en circulation. La fiche réflexe de cybermalveillance.gouv.fr recommande de ne pas communiquer de documents d'identité ou de RIB de manière inconsidérée, et de ne transmettre que le minimum d'informations aux services en ligne. Concrètement : refusez d'envoyer un RIB par e-mail à un vendeur de particulier à particulier, ne l'ajoutez pas à un dossier de location avant d'avoir visité le logement, et fermez les comptes clients que vous n'utilisez plus.

Reste ce que vous ne contrôlez pas : les fichiers déjà copiés. Une fuite ancienne peut ressurgir longtemps après, recoupée avec d'autres. Le bon réflexe consiste donc à relire vos relevés avec une attention particulière chaque fois qu'un service que vous utilisez annonce un incident, même ancien.

EffaceData à vos côtés : la répartition des rôles face au prélèvement frauduleux

Ce que vous faites vous-même

  • Contester l'opération auprès de votre banque et lui envoyer la lettre de contestation.
  • Demander la liste noire ou la liste blanche, puis la tenir à jour.
  • Porter plainte si un débit a abouti et vérifier vos relevés chaque mois.

Ce qu'EffaceData prend en charge pour vous

  • Le faux mandat a besoin de votre identité et de votre adresse : nous envoyons des demandes d'effacement fondées sur l'article 17 du RGPD à plus de 100 courtiers de données, et relançons ceux qui laissent passer les délais.
  • Une fuite peut ressortir des mois plus tard : la surveillance continue du darknet vous alerte si l'adresse e-mail que vous nous confiez apparaît dans une nouvelle fuite, le moment de redoubler de vigilance sur vos comptes.
  • L'IBAN dort aussi dans vos comptes clients : le vérificateur de mots de passe vous signale si votre e-mail ou un mot de passe figure dans une fuite connue, pour verrouiller les espaces clients où vos coordonnées bancaires sont enregistrées.

Ce que nous ne faisons pas : contester un prélèvement ou faire opposition auprès de votre banque à votre place, récupérer les sommes débitées, retirer un fichier déjà diffusé sur le darknet, porter plainte pour vous ou vous donner un conseil juridique.

Activer l'effacement chez les courtiers et la veille de vos adresses dès maintenant

Et si la banque traîne ou refuse ?

Le remboursement d'une opération non autorisée n'est pas une faveur commerciale : c'est une obligation légale, à laquelle la banque ne peut déroger que dans des cas précis (soupçon de fraude de votre part, communiqué par écrit à la Banque de France, ou négligence grave démontrée). Si vous essuyez un refus oral, demandez-le par écrit, avec sa motivation. Gardez une trace de chaque échange.

Si vos données personnelles continuent de circuler après une fuite, ou si une entreprise ne répond pas à votre demande d'effacement dans le délai d'un mois, vous pouvez adresser une plainte à la CNIL. La CNIL ne traite pas les litiges bancaires, en revanche : pour le remboursement, la voie reste la banque, puis son médiateur. Pour faire valoir votre droit à l'effacement vous-même, notre lettre type de suppression RGPD peut servir de base. Ceci n'est pas un conseil juridique.

Questions fréquentes

Quelqu'un peut-il vraiment me prélever avec mon seul IBAN ?

Oui, c'est possible en pratique. Avec le prélèvement SEPA, le mandat signé est conservé par le créancier, pas par votre banque, qui exécute en général les prélèvements présentés sans vérifier le mandat. Un fraudeur qui dispose de votre nom, de votre adresse et de votre IBAN peut donc enregistrer un faux mandat chez un commerçant ou un prestataire. En revanche, sans mandat valable, l'opération est non autorisée et vous pouvez la contester pendant 13 mois.

Combien de temps ai-je pour contester un prélèvement frauduleux ?

Selon la Banque de France, un prélèvement non autorisé, c'est-à-dire sans mandat signé, peut être contesté au plus tard dans les 13 mois suivant la date de débit. Ce délai est ramené à 70 jours lorsque la banque du bénéficiaire se trouve hors de l'Union européenne. Pour un prélèvement que vous aviez autorisé mais que vous contestez, le délai est de 8 semaines après le débit. N'attendez pas la fin du délai : plus vous signalez tôt, plus vite le créancier frauduleux est bloqué.

Ma banque peut-elle refuser de me rembourser ?

Pour une opération non autorisée, la banque doit rembourser au plus tard à la fin du premier jour ouvrable suivant votre signalement, frais et agios compris, d'après la Banque de France. Si elle refuse, elle doit justifier sa décision et prouver une négligence grave de votre part. En cas de désaccord persistant, vous pouvez saisir gratuitement le médiateur de votre banque, dont les coordonnées figurent sur vos relevés ou votre convention de compte.

Faut-il changer de compte bancaire après une fuite d'IBAN ?

Ce n'est pas systématique. Un IBAN n'est pas un code secret : vous le communiquez à votre employeur, à votre bailleur ou à vos fournisseurs. La parade la plus simple consiste à demander à votre banque une liste blanche, qui n'autorise que les créanciers que vous avez choisis. Changer de compte devient pertinent si les prélèvements frauduleux se répètent malgré ces mesures, ou si d'autres données sensibles ont été volées en même temps.

Quelle différence entre opposition et révocation d'un prélèvement ?

La révocation met fin à un mandat que vous aviez signé : elle se fait auprès du créancier, au plus tard la veille de l'échéance, de préférence par lettre recommandée, et elle n'efface pas la dette éventuelle. L'opposition se fait auprès de votre banque, qui bloque un prélèvement précis ou tous les prélèvements d'un créancier. Face à un prélèvement frauduleux, il n'y a pas de mandat valable à révoquer : vous contestez l'opération et vous bloquez le créancier auprès de votre banque.

Les délais et obligations cités reposent sur les informations publiées par la Banque de France et sur la fiche réflexe de cybermalveillance.gouv.fr (version d'août 2026), consultées le 22 octobre 2026. Les outils de blocage proposés et leurs modalités varient selon les banques. Les droits évoqués le sont à titre d'information générale. Ceci n'est pas un conseil juridique.

Moins de traces, moins de faux mandats.

Effacement de votre identité et de votre adresse chez les courtiers de données, alerte dès qu'une nouvelle fuite vous concerne et contrôle de vos mots de passe exposés.

Chiffrement SSL, Conforme RGPD & Résiliable à tout moment